Service éducatif du Musée Historique Lorrain

"Si Jacques Callot m'était conté"
Mireille Canet

 

LES COULEURS

Si les estampes de Jacques Cahot nous donnent une vue en noir et blanc de la mode, il est aisé grâce aux descriptions des fournisseurs de la Cour de retrouver la somptueuse palette des nuances des divers tissus. Si l'on apprécie les camaïeux et les sourdes teintes automnales, on aime aussi se vêtir d'or et d'écarlate ou marier les délicats dégradés. Un souffle de poésie traverse les factures et prix-faits " Couleur de lin, couleur de musc, couleur de roi ". Même le deuil répudie le noir jugé triste; on lui préfère le blanc et le violet. Pour paraître lors d'un bal, on marie un pourpoint aurore à des grèges vert-naissant; un manteau rose-sèche accompagne un habit feuille-morte. Comment retrouver la délicatesse d'un gorge de pigeon ou l'ardent rouge fiamette, le rose Sylvie (fleur de pêcher), ou le jaune Isabelle un peu fané? La teinte lsabelle rappelle le siège de Bréda où l'infante Isabelle conserva la même chemise jusqu'à la victoire.

LA HONGRELINE

Puis sa frayeur passée et sa hongreline endossée... Scarron cette pelisse portée à l'origine par les Boyards hongrois est un justaucorps ample et large à longues basques doublé de peluche ou de fourrure. Un galon d'or souligne les bords et les fentes, ancêtres de nos poches. Il peut être remplacé par des queues de zibeline ou de castor. Vêtement douillet recouvrant le pourpoint, il comporte quatre basques, s'arrête aux genoux, n'entravant pas les mouvements lors des chevauchées. En 1629 le tailleur Philippe réalise une hongre-une de drap gris-brun fourrée de renard blanc; la même année, les mémoires des fournisseurs mentionnent une hongreline en velours de Gênes incarnadin (rose vif) fourrée de renard, ouverte sur la manche et galonnée d'or et d'argent. Les attaches devant et sur les manches sont constituées de ruban de soie serti de dentelle d'or et d'argent. Elle se ferme au moyen de douze agrafes.

 

Le gentilhomme au manteau de fourrure tenant ses mains derrière le dos, peut-être Jean Cahot - père de l'artiste - porte une hongreline fourrée. L 'épée dépasse, une pipe est suspendue à un cordon, la scène de rue à l'arrière-plan et la monture indiquent qu'il s'agit d'un voyageur. Ce vêtement confortable est parfaitement adapté aux chevauchées.

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